Article publi-rédactionnel
56 000 ruptures de contrat validées dans le cadre d’un PSE en 2024. Quand je vois ce chiffre, je pense immédiatement aux élus CSE qui doivent absorber une procédure complexe en quelques semaines. La première question qui revient systématiquement : « Combien vont toucher les salariés concernés ? » Et là, c’est le flou. Indemnité légale, conventionnelle, supra-légale… Les termes se mélangent, les calculs s’empilent, et le risque de passer à côté de droits réels devient concret. CE Expertises accompagne les CSE sur ces questions depuis des années. Ce guide vous donne les clés pour démêler ces trois notions et éviter les erreurs coûteuses.
Légale, conventionnelle, supra-légale : l’essentiel en 30 secondes
- Indemnité légale = plancher du Code du travail (1/4 à 1/3 mois par année)
- Indemnité conventionnelle = ce que prévoit votre branche (souvent plus avantageuse)
- Indemnité supra-légale = négociée dans le PSE (aucune limite légale)
- Toujours vérifier sa convention collective AVANT toute négociation
Points clés abordés
- Indemnité légale, conventionnelle, supra-légale : trois notions à ne pas confondre
- Comment se calcule chaque type d’indemnité dans un PSE
- CE Expertises : comment votre expert-comptable CSE analyse les indemnités du PSE
- Les leviers pour négocier des indemnités plus favorables
- Vos questions sur les indemnités PSE
Indemnité légale, conventionnelle, supra-légale : trois notions à ne pas confondre
Dans les missions d’expertise que nous menons auprès des CSE, nous constatons régulièrement une confusion entre ces trois types d’indemnités. Cette confusion peut conduire les élus à sous-estimer les marges de négociation réelles. Soyons clairs : ce ne sont pas trois options entre lesquelles choisir. Ce sont trois couches qui peuvent se cumuler.
Le salarié bénéficie toujours du calcul le plus favorable entre l’indemnité légale et l’indemnité conventionnelle. L’indemnité supra-légale, négociée dans le cadre du PSE, s’ajoute ensuite à ce montant.
L’indemnité légale, c’est le plancher absolu. Elle est fixée par le Code du travail et s’applique à tout salarié ayant au moins 8 mois d’ancienneté. Personne ne peut vous proposer moins.
L’indemnité conventionnelle, elle, dépend de votre branche professionnelle. Si votre convention collective prévoit un calcul plus avantageux, c’est celui-là qui s’applique. Le principe de faveur joue en votre sens.
Quant à l’indemnité supra-légale, elle n’existe que dans le cadre d’un PSE. C’est la partie négociable. Aucun barème légal ne l’encadre. Elle peut représenter plusieurs mois de salaire supplémentaires, selon le rapport de force et la situation financière de l’entreprise.
Quelle indemnité s’applique dans votre cas ?
-
Votre convention collective prévoit une indemnité spécifique ?
Comparez-la avec l’indemnité légale. Vous bénéficiez automatiquement de la plus avantageuse.
-
Votre convention est muette ou n’existe pas ?
L’indemnité légale du Code du travail s’applique par défaut.
-
Un accord majoritaire est négocié dans le PSE ?
Une indemnité supra-légale peut s’ajouter aux indemnités légales ou conventionnelles.
L’erreur que nous constatons le plus souvent ? Des élus qui négocient les supra-légales sans avoir vérifié au préalable ce que prévoit la convention collective. Résultat : ils pensent obtenir un « bonus » alors qu’ils sont parfois en dessous de ce que la branche garantit déjà.
Comment se calcule chaque type d’indemnité dans un PSE
Le calcul peut sembler technique, mais une fois la logique comprise, vous pouvez vérifier vous-même les propositions de la direction. Voici comment procéder pour chaque type d’indemnité.
L’indemnité légale : le plancher garanti par le Code du travail
Le barème est fixé par l’article R1234-2 du Code du travail. Il n’a pas changé depuis 2017 et reste la référence absolue. Aux termes de l’article R1234-2 du Code du travail, l’indemnité légale se calcule ainsi :
Formule de calcul légale
-
1/4 de mois de salaire par année d’ancienneté pour les 10 premières années
-
1/3 de mois de salaire par année d’ancienneté au-delà de 10 ans
Concrètement, un salarié avec 15 ans d’ancienneté et un salaire de référence de 3 000 € touchera : (10 × 1/4 × 3 000) + (5 × 1/3 × 3 000) = 7 500 + 5 000 = 12 500 €. Ce montant constitue le minimum incompressible.
56 000 ruptures
Nombre de contrats rompus dans le cadre d’un PSE en 2024, contre 36 000 en 2023
L’indemnité conventionnelle : ce que prévoit votre branche
Chaque convention collective peut prévoir un calcul différent. Certaines branches sont nettement plus généreuses que le minimum légal. D’autres, comme la convention collective métallurgie 2022, se sont alignées sur le barème légal pour les groupes A à E.

Je recommande systématiquement de vérifier la convention collective AVANT toute négociation PSE. Pourquoi ? Parce que certaines branches prévoient des majorations significatives selon l’âge ou l’ancienneté. La banque, la pharmacie, certaines branches du commerce offrent des barèmes bien supérieurs au légal.
Où trouver votre convention collective ? Elle figure sur votre bulletin de paie. En cas de doute, demandez à la direction les références exactes (IDCC). C’est une information que l’employeur doit communiquer.
L’indemnité supra-légale : la marge de négociation du PSE
C’est ici que tout se joue. L’indemnité supra-légale n’est encadrée par aucun texte. Elle résulte uniquement de la négociation entre les organisations syndicales et la direction dans le cadre de l’accord majoritaire.
Dans les PSE que nous accompagnons, nous observons des écarts considérables. Certains PSE ne prévoient aucune supra-légale. D’autres ajoutent plusieurs mois de salaire par année d’ancienneté. Tout dépend de la santé financière de l’entreprise, du rapport de force, et de la qualité de l’argumentation des négociateurs.
Ce tableau récapitulatif vous permet de visualiser les différences entre les trois types d’indemnités selon leurs caractéristiques principales.
| Critère | Indemnité légale | Indemnité conventionnelle | Indemnité supra-légale |
|---|---|---|---|
| Source juridique | Code du travail R1234-2 | Convention collective de branche | Accord majoritaire PSE |
| Formule de calcul | 1/4 mois (0-10 ans) puis 1/3 mois (+10 ans) | Variable selon la branche | Libre (négociée) |
| Négociable ? | Non | Partiellement (accords d’entreprise possibles) | Totalement |
| Exonération fiscale | Exonérée dans la limite légale | Exonérée dans la limite légale | Exonérée dans certaines limites |
| Cumul possible ? | Base de calcul | Alternative (la plus favorable s’applique) | Se cumule aux précédentes |
CE Expertises : comment votre expert-comptable CSE analyse les indemnités du PSE
Face à un projet de PSE, l’une des premières questions des élus porte sur les indemnités proposées. Sont-elles conformes à la convention collective ? Les supra-légales sont-elles réellement négociables ? CE Expertises, cabinet d’expertise comptable dédié aux CSE, intervient précisément sur ces questions dans le cadre des missions d’expertise PSE.

L’équipe pluridisciplinaire de CE Expertises analyse systématiquement trois points dans chaque mission PSE. Premier point : la conformité des calculs d’indemnités légales et conventionnelles proposés par la direction. Deuxième point : la cohérence entre le motif économique invoqué et les indemnités supra-légales proposées. Troisième point : les marges de négociation réelles compte tenu de la situation financière de l’entreprise.
Cette expertise unique, couvrant à la fois les aspects économiques et les conditions de travail, permet aux élus de négocier sur des bases solides. L’analyse critique du projet de restructuration inclut le décryptage des motifs économiques et l’évaluation de la pertinence des suppressions de postes annoncées.
Conseil pro : Point essentiel pour les élus – la mission d’expertise PSE est intégralement financée par l’employeur, sans aucun coût pour le budget du CSE. C’est une disposition du Code du travail (article L1233-34) que beaucoup ignorent encore.
La désignation de l’expert-comptable peut intervenir dès la première réunion d’information-consultation. Les organisations syndicales peuvent également solliciter CE Expertises en amont pour préparer la négociation de l’accord majoritaire.
Les leviers pour négocier des indemnités plus favorables
Franchement, la marge de manœuvre existe presque toujours. Même quand la direction affirme avoir fait le maximum. Sur le terrain, la réalité des négociations montre que plusieurs leviers restent sous-exploités par les élus.
Premier levier, et le plus négligé : l’analyse des capacités financières réelles de l’entreprise. Une entreprise qui annonce un PSE tout en versant des dividendes ou en maintenant des investissements importants peut difficilement justifier des indemnités au minimum légal. C’est là qu’une expertise comptable prend tout son sens.
Trois erreurs qui font perdre des indemnités aux salariés
Erreurs fréquentes à éviter
-
Ne pas vérifier la convention collective applicable avant de négocier
-
Accepter les calculs de la direction sans les faire vérifier par un expert
-
Confondre l’indemnité de licenciement avec l’indemnité compensatrice de préavis
Deuxième levier : le timing de la négociation. Les dossiers que nous avons traités révèlent que les premières propositions de la direction sont rarement les dernières. La pression des délais joue dans les deux sens. Plus la direction veut aller vite, plus elle peut être disposée à améliorer le volet social pour obtenir un accord majoritaire. Selon les données DARES sur les PSE 2024, le nombre de ruptures a fortement augmenté, ce qui rend ces négociations d’autant plus stratégiques.
Troisième levier : les mesures d’accompagnement connexes. Parfois, quand l’employeur refuse d’augmenter les indemnités chiffrées, il accepte d’améliorer d’autres volets du PSE – congé de reclassement allongé, formations certifiantes, aide à la création d’entreprise. Ces mesures ont une valeur réelle qu’il ne faut pas sous-estimer. Pour approfondir ce sujet, vous pouvez consulter les différentes indemnités après un départ en PSE et leur articulation avec les dispositifs de reconversion.
Votre plan d’action avant négociation
-
Identifier et lire votre convention collective (IDCC sur le bulletin de paie)
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Comparer le calcul conventionnel au calcul légal pour chaque profil d’ancienneté
-
Demander les comptes de l’entreprise pour évaluer sa capacité financière
-
Désigner un expert-comptable CSE dès la première réunion d’information-consultation
Vos questions sur les indemnités PSE
Les indemnités légale et conventionnelle sont-elles cumulables ?
Non, elles ne se cumulent pas. Le salarié bénéficie automatiquement du calcul le plus favorable entre les deux. Si votre convention collective prévoit 1/2 mois par année d’ancienneté, c’est ce montant qui s’applique (et non 1/4 + 1/2). En revanche, l’indemnité supra-légale négociée dans le PSE s’ajoute bien à ce montant.
Comment trouver ma convention collective applicable ?
Votre convention collective figure obligatoirement sur votre bulletin de paie. Recherchez le code IDCC (Identifiant De la Convention Collective). Vous pouvez ensuite consulter le texte intégral sur Légifrance en recherchant ce code. En cas de doute sur la convention applicable, demandez une confirmation écrite à la direction.
L’indemnité supra-légale est-elle imposable ?
Les indemnités de licenciement bénéficient d’exonérations fiscales et sociales sous certaines limites. La part correspondant à l’indemnité légale ou conventionnelle est totalement exonérée. Pour la supra-légale, des plafonds s’appliquent (le plus élevé entre deux fois la rémunération annuelle brute et 50 % de l’indemnité totale, dans la limite de six PASS). Au-delà, les sommes sont soumises à l’impôt sur le revenu.
Peut-on négocier les indemnités même sans syndicat dans l’entreprise ?
Le PSE doit être négocié avec les organisations syndicales représentatives pour aboutir à un accord majoritaire. En l’absence de syndicat, c’est la procédure unilatérale qui s’applique : l’employeur élabore un document qui doit être homologué par la DREETS. Le CSE est consulté mais ne négocie pas directement les indemnités. L’accompagnement par un expert permet alors de formuler des avis motivés qui peuvent influencer le contenu du PSE.
Qui calcule les indemnités dans un PSE ?
C’est l’employeur qui établit les calculs initiaux, présentés dans le projet de PSE. L’expert-comptable désigné par le CSE vérifie ces calculs, identifie les éventuelles erreurs et compare avec les dispositions conventionnelles. Cette vérification est cruciale : dans les missions d’expertise, nous détectons régulièrement des écarts entre les montants proposés et les droits réels des salariés.
Précisions sur les indemnités PSE
Les montants et formules présentés sont des règles générales – chaque convention collective peut prévoir des dispositions plus favorables. Les calculs d’indemnités doivent être vérifiés au cas par cas selon l’ancienneté réelle et le salaire de référence. La négociation d’indemnités supra-légales dépend du contexte économique de l’entreprise et du rapport de force.
Risques à connaître : sous-estimation des droits si la convention collective applicable n’est pas correctement identifiée, prescription si les délais de contestation ne sont pas respectés, confusion entre indemnité de licenciement et indemnité compensatrice de préavis. En cas de doute, consultez un expert-comptable CSE ou un avocat spécialisé en droit du travail.
Ce qu’il faut retenir
Si vous ne devez retenir qu’une chose de cet article : vérifiez toujours votre convention collective avant d’entamer toute discussion sur les indemnités. C’est la base. Et c’est pourtant l’étape que la plupart des élus sautent, pressés par les délais de la procédure.
L’indemnité supra-légale n’est pas un cadeau de la direction. C’est un espace de négociation qui dépend de votre préparation, de votre argumentation, et de votre connaissance de la situation financière réelle de l’entreprise. CE Expertises accompagne les CSE précisément sur ce terrain : analyser les chiffres, identifier les marges, et donner aux élus les arguments pour négocier utilement.
Une question reste ouverte pour vous : avez-vous déjà identifié la convention collective applicable dans votre entreprise, et vérifié ce qu’elle prévoit en matière d’indemnités de licenciement ?
