Comprendre l’écart de conversion actif en comptabilité

Les fluctuations monétaires représentent un défi majeur pour les entreprises engagées dans des transactions internationales. Lorsqu’une société française facture un client américain en dollars ou contracte un emprunt en francs suisses, elle s’expose inévitablement au risque de change. Entre la date de l’opération initiale et celle de la clôture comptable, les cours des devises évoluent, créant des écarts qui doivent être fidèlement retranscrits dans les états financiers. Ces variations donnent naissance à ce que les professionnels de la comptabilité nomment les écarts de conversion, dont la composante « actif » constitue un indicateur essentiel de l’exposition au risque de dépréciation des créances et d’augmentation des dettes libellées en monnaies étrangères. La maîtrise de ce mécanisme comptable n’est pas seulement une obligation réglementaire : elle conditionne la qualité de l’information financière transmise aux actionnaires et influence directement les décisions stratégiques de couverture des risques.

Définition technique de l’écart de conversion actif dans le référentiel comptable français

L’écart de conversion actif désigne une perte latente résultant de la réévaluation des créances et dettes en devises étrangères à la date de clôture de l’exercice comptable. Concrètement, il traduit deux situations économiquement défavorables pour l’entreprise : soit une diminution de la valeur en euros d’une créance libellée en devise, soit une augmentation de la valeur en euros d’une dette exprimée en monnaie étrangère. Ce concept s’inscrit dans le cadre du principe de prudence, pilier fondamental de la comptabilité française qui impose de comptabiliser immédiatement les pertes probables, même non encore réalisées.

Le Plan Comptable Général (PCG) définit précisément le périmètre d’application de ces écarts. Ils concernent exclusivement les éléments monétaires du bilan : créances clients, dettes fournisseurs, prêts, emprunts, avances et acomptes libellés en devises. Les éléments non monétaires comme les stocks ou les immobilisations corporelles acquis en devises ne génèrent pas d’écarts de conversion, car ils sont maintenus à leur coût historique conformément aux règles comptables françaises. Cette distinction fondamentale évite la volatilité excessive des comptes d’actif immobilisé.

Depuis le règlement n°2015-05 de l’Autorité des Normes Comptables, le traitement des opérations en devises et de leurs couvertures a évolué vers une approche plus économique. Les ventes libellées en monnaies étrangères et leurs instruments de couverture font désormais l’objet d’une comptabilisation séparée, permettant une meilleure lisibilité de l’exposition réelle au risque de change. Cette évolution réglementaire reflète la volonté d’aligner progressivement les normes françaises sur les pratiques internationales tout en préservant la spécificité du principe de prudence.

L’écart de conversion actif se distingue de son pendant, l’écart de conversion passif, qui représente à l’inverse un gain latent. Toutefois, conformément au principe de prudence, seuls les écarts actifs – synonymes de pertes potentielles – impactent le résultat via la constitution d’une provision. Les gains latents restent sans effet sur le compte de résultat tant qu’ils ne sont pas définitivement acquis. Cette asymétrie de traitement garantit que les états financiers ne surestiment jamais la situation patrimoniale de l’entreprise.

Mécanisme de calcul de l’écart de conversion actif selon le PCG

Le calcul des écarts

Le calcul des écarts de conversion actif repose sur une réévaluation systématique des créances et dettes en devises au taux de change de clôture. Pour chaque élément monétaire, on compare la valeur comptabilisée initialement (au cours du jour de la transaction) à sa nouvelle valeur convertie au cours de fin d’exercice. Dès que cette nouvelle valeur fait apparaître une diminution d’actif ou une augmentation de passif en euros, l’entreprise constate une perte latente de change qui alimente l’écart de conversion actif. À l’inverse, une augmentation d’actif ou une diminution de passif donne naissance à un écart de conversion passif, assimilable à un gain latent.

Formule de détermination des pertes latentes sur créances et dettes libellées en devises

Pour déterminer un écart de conversion actif, la logique est toujours la même : partir de la valeur historique de la créance ou de la dette en euros et la comparer à sa valeur de clôture recalculée en appliquant le taux de change en vigueur à la date d’inventaire. La formule générale peut se résumer ainsi :

Écart de conversion actif (perte latente) = Valeur historique en € – Valeur à la clôture en € (si le résultat est positif pour une créance, ou si la dette augmente en €).

Pour une créance en devise, il y a perte latente (écart de conversion actif) lorsque la valeur de la créance en euros diminue à la clôture : la devise étrangère s’est affaiblie par rapport à l’euro. Pour une dette en devise, la perte latente apparaît lorsque la dette convertie en euros augmente : la devise étrangère s’est appréciée. Dans la pratique, on raisonne souvent en deux étapes : d’abord on convertit le montant en devise au nouveau cours, puis on compare le résultat avec le montant initialement comptabilisé pour mesurer l’écart.

Imaginons par exemple une créance de 10 000 USD comptabilisée à un cours de 1 USD = 0,95 € (soit 9 500 €). Si, à la clôture, le cours passe à 1 USD = 0,90 €, la créance ne vaut plus que 9 000 €. L’écart de 500 € (9 500 – 9 000) constitue une perte latente, enregistrée en écart de conversion actif. Cette mécanique, qui peut sembler abstraite, est en réalité comparable à la réévaluation d’un portefeuille d’actions à la fin de l’année : tant que l’action n’est pas vendue, le gain ou la perte reste latent, mais il faut tout de même le suivre précisément.

Traitement des variations de cours de change entre la date de transaction et la clôture

Entre la date de transaction et la date de clôture, les taux de change peuvent évoluer de manière significative, voire très brutalement en période de tensions géopolitiques ou de décisions de banques centrales. En comptabilité française, la règle est simple : à la date de transaction, l’entreprise enregistre la créance ou la dette au taux de change en vigueur ce jour-là, et à la clôture, elle réévalue cet élément au nouveau cours, sans toucher au coût historique lui-même. La différence est ventilée dans un compte d’écart de conversion, actif ou passif selon le sens de la variation.

Concrètement, si le cours varie dans un sens défavorable (diminution de la valeur d’une créance ou augmentation d’une dette), un écart de conversion actif est enregistré au débit du compte 476. Si le cours varie dans un sens favorable (augmentation de la valeur d’une créance ou diminution d’une dette), un écart de conversion passif est constaté au crédit du compte 477. L’idée est de « coller » à la réalité économique à la date d’arrêté, sans pour autant cristalliser définitivement le gain ou la perte, qui ne sera réalisée qu’à l’encaissement ou au règlement de la dette.

Au début de l’exercice suivant, ces écritures d’écart de conversion sont contrepassées, puis recalculées au nouveau cours de clôture à la fin de ce nouvel exercice. Ce mécanisme de régularisation annuelle permet de suivre, année après année, l’évolution du risque de change sans multiplier les écritures en cours d’exercice. Vous voyez l’idée ? On ajuste le thermomètre à chaque clôture, mais on ne soigne réellement le « patient » qu’au moment de l’encaissement ou du paiement en devise.

Application du taux de change de clôture selon l’article 420-6 du PCG

L’article 420-6 du Plan Comptable Général impose l’utilisation du taux de change de clôture pour l’évaluation des créances et dettes libellées en devises. Cela signifie que, quelle que soit la date à laquelle la transaction a eu lieu, c’est le dernier cours de change connu à la date d’inventaire qui sert de référence. Cette exigence garantit une évaluation homogène et actualisée de l’ensemble des éléments monétaires en devises figurant au bilan.

Le même article introduit la notion de position globale de change, qui permet, sous conditions, de ne constituer une provision que sur l’excédent des pertes latentes sur les gains latents pour une même devise. Autrement dit, si une entreprise présente à la fois des créances et des dettes en USD, elle peut, pour le calcul de la provision pour pertes de change, compenser partiellement les pertes latentes par les gains latents sur cette devise. Toutefois, cette compensation ne remet pas en cause l’enregistrement distinct des écarts de conversion actif et passif au bilan.

En pratique, l’application de ce texte suppose de disposer de cours de change fiables, issus de sources reconnues (Banque centrale européenne, plateformes de marché, publications spécialisées). Pour les groupes fortement internationalisés, le suivi du taux de change de clôture devient un enjeu opérationnel majeur : un mauvais paramétrage du cours dans l’ERP peut fausser l’ensemble des écarts de conversion et, par ricochet, les provisions pour pertes de change et le résultat comptable.

Distinction entre écarts sur éléments monétaires et non-monétaires au bilan

Une confusion fréquente consiste à penser que tous les postes en devises sont réévalués au cours de clôture. En réalité, le PCG distingue clairement les éléments monétaires (créances, dettes, trésorerie) des éléments non-monétaires (immobilisations, stocks, titres immobilisés non monétaires) libellés en devises. Seuls les premiers donnent lieu à des écarts de conversion actif ou passif, car ils correspondent à des flux futurs de trésorerie qui seront effectivement réglés dans une autre monnaie.

Les éléments non-monétaires, eux, restent inscrits au coût historique converti au cours du jour de l’opération. Ils ne sont pas réévalués à chaque clôture pour tenir compte des variations de change. Pourquoi ? Parce qu’ils représentent des biens ou droits déjà acquis (immobilisations, stocks déjà en entrepôt, etc.) et non des flux monétaires futurs. Les variations de change ultérieures peuvent certes influencer la valeur économique de ces actifs, mais le référentiel français choisit de ne pas introduire cette volatilité dans les comptes.

On peut comparer cette différence à deux types de photos : la photo d’un bien acheté en devise (immobilisation) reste figée à la date d’acquisition, tandis que la photo d’une créance en devise est mise à jour chaque année pour refléter la nouvelle valeur en euros. Pour un comptable, bien identifier quels postes sont monétaires ou non-monétaires est donc crucial afin de déterminer quels éléments doivent être convertis au cours de clôture et susceptibles de générer un écart de conversion actif.

Comptabilisation réglementaire de l’écart de conversion actif selon les normes françaises

Une fois l’écart de conversion actif déterminé, se pose la question de son traitement comptable. Le PCG encadre strictement la manière de comptabiliser ces différences de conversion afin d’assurer la cohérence des bilans et le respect du principe de prudence. Trois niveaux sont à distinguer : l’enregistrement de l’écart lui-même dans les comptes d’attente, la constitution de la provision pour risques de change, et enfin l’impact sur le compte de résultat via la dotation aux provisions.

Enregistrement au compte 476 « différences de conversion – actif »

Les écarts de conversion actifs sont comptabilisés dans la classe 47, au sein des comptes transitoires ou d’attente. Plus précisément, ils sont enregistrés au compte 476 – Différences de conversion – Actif, qui peut être décliné en sous-comptes (4761 pour la diminution de créances, 4762 pour l’augmentation de dettes, etc.). Ce compte est débité pour le montant de la perte latente, tandis que le compte de créance ou de dette concerné est crédité afin d’ajuster son solde à la valeur en euros recalculée au cours de clôture.

Sur le plan bilanciel, le compte 476 figure à l’actif circulant, dans la rubrique « Écarts de conversion – Actif ». Il matérialise la dégradation potentielle de la situation de l’entreprise en cas de maintien des cours de change défavorables jusqu’au règlement effectif de la créance ou de la dette. Cet écart n’est toutefois que temporaire : comme tout compte transitoire, il sera soldé au début de l’exercice suivant par une écriture de contrepassation, avant d’être éventuellement reconstaté à la nouvelle clôture.

En pratique, la bonne utilisation du compte 476 suppose une organisation rigoureuse : inventaire exhaustif des positions en devises à la clôture, calcul détaillé des écarts devise par devise, et documentation des taux de change retenus. Pour les entreprises disposant d’un volume important d’opérations en devises, l’automatisation de ces traitements dans l’ERP ou le logiciel comptable devient rapidement indispensable, sous peine de multiplier les risques d’erreurs manuelles.

Constitution obligatoire de la provision pour pertes de change au compte 1515

Le simple enregistrement d’un écart de conversion actif au compte 476 ne suffit pas au regard du principe de prudence. Face à une perte latente de change, l’entreprise doit également constituer une provision pour risques afin de couvrir ce risque potentiel. Cette provision est comptabilisée au compte 1515 – Provisions pour pertes de change, situé dans les provisions pour risques et charges au passif du bilan.

En normes françaises, la dotation à la provision pour pertes de change est en principe égale au montant total de l’écart de conversion actif, sauf si l’entreprise justifie d’une position globale de change permettant de limiter cette dotation à l’excédent des pertes latentes sur les gains latents, devise par devise. Autrement dit, on ne peut pas compenser des pertes sur USD avec des gains sur GBP : la compensation ne joue que à l’intérieur d’une même devise et dans le cadre strict défini par l’article 420-6 du PCG.

La constitution de cette provision a un double effet : elle vient renforcer le passif (rubrique des provisions) et elle diminue le résultat de l’exercice via une dotation en charges. C’est précisément cette mécanique qui traduit, dans les comptes, la prudence de l’entreprise face à un risque de change non encore réalisé. À l’inverse, si les cours de change évoluent favorablement l’année suivante et que la perte latente diminue ou disparaît, la provision sera partiellement ou totalement reprise, générant un produit dans le compte de résultat.

Impact sur le compte de résultat via la dotation aux provisions

Sur le plan du compte de résultat, c’est la provision pour pertes de change, et non l’écart de conversion actif lui-même, qui génère un impact. La dotation est enregistrée en charge, généralement au compte 6865 « Dotations aux provisions pour risques financiers », ou dans un compte de même nature selon la nomenclature retenue. Cette dotation vient diminuer le résultat de l’exercice, même si la perte de change n’est pas encore réalisée.

Lors des exercices ultérieurs, deux situations peuvent se présenter. Si le risque se matérialise (par exemple, le règlement de la créance intervient à un cours défavorable), la perte de change réalisée est constatée en compte 656 « Pertes de change » pour les opérations d’exploitation ou 666 pour les opérations financières. La provision antérieurement constituée sera alors reprise pour tout ou partie afin de neutraliser l’impact sur le résultat. À l’inverse, si la situation de change s’améliore et que la perte latente diminue, la provision excédentaire sera reprise, générant un produit de reprise au compte 7865.

On peut comparer ce mécanisme à une « assurance » comptable : la dotation représente la prime payée pour se protéger contre un éventuel choc de change, tandis que la reprise correspond, en quelque sorte, à un remboursement lorsque le risque ne se réalise pas ou se réduit. Pour vous, lecteur, la clé est de bien comprendre que l’écart de conversion actif au compte 476 n’impacte pas directement le résultat ; c’est la provision pour pertes de change qui matérialise l’effet de ces écarts sur la performance de l’exercice.

Traitement fiscal de l’écart de conversion actif selon l’article 38-4 du CGI

Sur le plan fiscal, les règles se distinguent sensiblement du traitement purement comptable. L’article 38-4 du Code général des impôts prévoit que les différences de change, qu’elles soient latentes ou réalisées, constituent un élément du résultat imposable. Autrement dit, contrairement au principe comptable de prudence qui ne fait impacter le résultat que via les provisions, le fisc considère que les gains et pertes de change latents sont immédiatement pris en compte dans l’assiette de l’impôt.

Concrètement, l’écart de conversion actif de l’exercice et l’écart de conversion passif de l’exercice précédent sont déduits fiscalement (ligne XG de la liasse fiscale, formulaire 2058-A), tandis que l’écart de conversion passif de l’exercice et l’écart de conversion actif de l’exercice précédent sont réintégrés (ligne WQ). La provision pour pertes de change comptabilisée en contrepartie de l’écart de conversion actif n’est, quant à elle, pas déductible et doit faire l’objet d’une réintégration extra-comptable (ligne WI).

En pratique, cette dissociation entre comptabilité et fiscalité impose un suivi extra-comptable précis des écarts de conversion actif et des provisions correspondantes. Pour les directions financières, c’est un enjeu important de pilotage : mal paramétrer ces retraitements, c’est risquer de surévaluer ou sous-évaluer la charge d’impôt. Vous l’aurez compris, bien maîtriser l’écart de conversion actif, c’est aussi optimiser, dans le respect des textes, la gestion de la base imposable de l’entreprise.

Différences entre écart de conversion actif et passif en situation de fluctuation monétaire

Face aux fluctuations de change, il est essentiel de distinguer clairement l’écart de conversion actif de l’écart de conversion passif. Ces deux notions vont toujours de pair, comme les deux faces d’une même pièce. L’écart de conversion actif correspond à une perte latente (diminution de créances ou augmentation de dettes en euros), tandis que l’écart de conversion passif représente un gain latent (augmentation de créances ou diminution de dettes en euros).

Lorsque la devise étrangère se déprécie par rapport à l’euro, une créance en devise perd de la valeur en euros, générant un écart de conversion actif. Inversement, une dette dans cette même devise coûtera moins cher à rembourser, ce qui crée un écart de conversion passif. Si la devise étrangère s’apprécie, les rôles s’inversent : la créance en devise se valorise (écart de conversion passif), tandis que la dette augmente (écart de conversion actif). Vous voyez comment, pour une même variation de cours, l’impact peut être favorable sur certains postes et défavorable sur d’autres ?

Sur le plan comptable, l’écart de conversion actif est suivi au compte 476 et assorti d’une provision pour pertes de change, alors que l’écart de conversion passif est suivi au compte 477 et ne donne pas lieu, en normes françaises, à constatation d’un produit tant que le gain n’est pas réalisé. Cette asymétrie traduit une approche prudente : on anticipe les pertes potentielles, mais on n’enregistre pas les gains avant qu’ils ne soient définitivement acquis. En gestion financière, cette dissymétrie incite d’ailleurs les entreprises à surveiller de près leurs positions nettes de change pour limiter l’accumulation d’écarts de conversion actifs.

Cas pratiques d’écart de conversion actif : créances clients en USD et emprunts en CHF

Pour passer de la théorie à la pratique, rien de tel que d’illustrer l’écart de conversion actif à travers des situations concrètes : une facture client en dollars américains (USD) et un emprunt en francs suisses (CHF). Ces deux exemples montrent comment, selon la structure du bilan, une même fluctuation monétaire peut se traduire par des pertes latentes très différentes. Ils permettent aussi de comprendre comment, en cumulant plusieurs opérations en devises, une entreprise peut se retrouver avec une position nette plus ou moins exposée au risque de change.

Exemple d’une facture client de 100 000 USD avec dépréciation de l’euro

Imaginons qu’une société française facture un client américain pour un montant de 100 000 USD. À la date de facturation, le cours est de 1 EUR = 1,10 USD, soit un taux de 1 USD = 0,9091 €. La créance est alors comptabilisée pour 90 910 € (100 000 × 0,9091). Quelques mois plus tard, à la date de clôture, l’euro s’est déprécié et le cours est désormais de 1 EUR = 1,00 USD (soit 1 USD = 1 €). La créance vaut donc, à la clôture, 100 000 €.

Dans cette configuration, la société constate un gain latent de 9 090 € (100 000 – 90 910), qui correspond à un écart de conversion passif. Pourquoi ? Parce que la dépréciation de l’euro rend la créance plus élevée en euros. Sur le plan comptable, cette différence est enregistrée au crédit du compte 477 « Différences de conversion – Passif », avec pour contrepartie le compte 411 Clients, qui voit son solde ajusté à 100 000 €. Aucun produit de change n’est pour autant constaté au compte de résultat tant que la créance n’est pas encaissée.

À l’inverse, supposons que, toujours pour cette même facture de 100 000 USD, le cours à la clôture soit passé à 1 EUR = 1,20 USD (soit 1 USD = 0,8333 €). La créance ne vaut plus que 83 330 € environ. L’entreprise enregistre alors une perte latente de 7 580 € (90 910 – 83 330). Cet écart est débité au compte 476 (écart de conversion actif) et crédité au compte 411 Clients. Une provision pour pertes de change est simultanément dotée au compte 1515 pour le même montant, impactant le résultat par une charge. Cet exemple simple illustre bien comment une créance en USD peut, selon l’évolution de l’euro, générer soit un écart de conversion actif, soit un écart de conversion passif.

Traitement d’un emprunt obligataire en francs suisses avec appréciation du CHF

Considérons maintenant un emprunt obligataire de 1 000 000 CHF contracté par une entreprise française. À la date de l’émission, le cours est de 1 EUR = 1,20 CHF, soit 1 CHF = 0,8333 €. L’emprunt est initialement comptabilisé pour 833 333 € au passif (compte 164 – Emprunts obligataires, par exemple). Un an plus tard, à la clôture, le franc suisse s’est apprécié et le cours est désormais de 1 EUR = 1,00 CHF, soit 1 CHF = 1 €.

La dette en CHF vaut alors 1 000 000 € au nouveau cours de clôture, contre 833 333 € à l’origine. L’entreprise est confrontée à une augmentation de sa dette en euros de 166 667 €, qui correspond à une perte latente de change. Comptablement, cette perte est enregistrée comme un écart de conversion actif au débit du compte 476, avec pour contrepartie le compte 164, dont le solde passe à 1 000 000 €. En parallèle, une provision pour pertes de change de 166 667 € est dotée au compte 1515, ce qui diminue le résultat de l’exercice.

Si, à l’inverse, le franc suisse s’était déprécié (par exemple 1 EUR = 1,40 CHF, soit 1 CHF = 0,7143 €), la dette aurait diminué à 714 286 € environ. Dans ce cas, l’entreprise aurait enregistré un gain latent de 119 047 €, sous la forme d’un écart de conversion passif (compte 477). Ce deuxième scénario montre combien un emprunt en devise peut exposer l’entreprise à des variations potentiellement massives de son endettement, particulièrement lorsque la devise de financement (ici le CHF) se comporte comme une « valeur refuge » en période de crise.

Gestion des avances et acomptes versés en devises étrangères

Les avances et acomptes versés ou reçus en devises obéissent, eux aussi, aux règles d’évaluation au cours de clôture, dès lors qu’ils présentent un caractère monétaire. Une avance versée à un fournisseur en USD, par exemple, représente un droit de recevoir ultérieurement des biens ou services ; elle est donc assimilée, du point de vue du risque de change, à une créance en devise. De même, un acompte reçu d’un client étranger constitue une dette en devise envers ce client tant que la prestation n’est pas réalisée.

En pratique, ces avances et acomptes sont convertis au cours du jour de l’opération, puis réévalués à la clôture au taux de change de fin d’exercice. Une diminution de la valeur d’une avance versée en devise ou une augmentation de la valeur d’un acompte reçu en devise en euros donnera lieu à un écart de conversion actif (compte 476) et, le cas échéant, à une provision pour pertes de change. À l’inverse, les variations favorables généreront des écarts de conversion passifs (compte 477).

La gestion de ces flux est souvent plus complexe que celle des simples créances et dettes, car ils interagissent avec le calendrier d’exécution des contrats (livraisons, facturations, règlements). Pour limiter les risques, de nombreuses entreprises cherchent à aligner la devise des avances et acomptes sur celle des prix contractuels ou à recourir à des clauses de révision de prix indexées sur un cours de référence. Avez-vous déjà vérifié si vos contrats internationaux prévoient de telles protections ? Cela peut faire une grande différence en cas de volatilité extrême des devises.

Stratégies de couverture contre les écarts de conversion actif via instruments financiers

Face au risque d’écart de conversion actif, les entreprises ne sont pas condamnées à subir passivement les fluctuations de change. Elles disposent d’un large éventail de stratégies de couverture, allant de la couverture dite « naturelle » à l’utilisation d’instruments financiers sophistiqués (contrats à terme, options, swaps, tunnels de change, etc.). L’objectif ? Réduire l’ampleur des pertes latentes et, par conséquent, le montant des écarts de conversion actifs et des provisions pour pertes de change.

La première ligne de défense consiste à mettre en place une couverture naturelle : par exemple, financer des achats en USD par des ventes en USD, de manière à équilibrer la position nette dans cette devise. Lorsque cela n’est pas possible ou insuffisant, l’entreprise peut recourir à des instruments de couverture auprès de sa banque ou sur le marché des changes. Un contrat à terme de change permet, par exemple, de fixer dès aujourd’hui le cours auquel une créance ou une dette en devise sera convertie à une date future, neutralisant ainsi l’incertitude sur l’écart de conversion futur.

Les options de change (dites « vanilles ») offrent, quant à elles, une flexibilité supplémentaire : elles donnent le droit, mais non l’obligation, d’acheter ou de vendre une devise à un cours déterminé. Elles permettent donc de se protéger contre une évolution défavorable tout en laissant la porte ouverte à un mouvement favorable. D’autres structures plus élaborées, comme les tunnels d’options, les options à barrière ou les swaps de devises, peuvent être utilisées pour affiner la couverture en fonction du profil de risque de l’entreprise. Ces instruments ont toutefois un coût et nécessitent une expertise technique, d’où l’intérêt de travailler en étroite collaboration avec la trésorerie et, si besoin, avec des conseils externes.

Sur le plan comptable, depuis le règlement n°2015-05 de l’ANC, les opérations de couverture sont comptabilisées séparément des opérations couvertes, avec un suivi spécifique des instruments de trésorerie. Jusqu’à la fin de l’exercice 2024, les différences d’évaluation sur ces instruments sont enregistrées aux comptes 4786 (actif) et 4787 (passif), avec contrepartie au compte 52 « Instruments de trésorerie ». À compter des exercices ouverts au 1er janvier 2025, ces comptes seront remplacés par les comptes 474 « Différences d’évaluation – Actif » et 475 « Différences d’évaluation – Passif », en application du règlement ANC 2022-06.

En combinant une politique de couverture adaptée et un suivi comptable rigoureux des écarts de conversion actif, vous pouvez considérablement atténuer l’impact des chocs de change sur vos comptes. En définitive, l’écart de conversion actif n’est pas qu’un simple poste technique du bilan : c’est un véritable thermomètre de votre gestion du risque de change. La question est donc la suivante : préférez-vous subir la température du marché, ou choisir vous-même le climat financier dans lequel évolue votre entreprise ?

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